lundi 24 avril 2017

Ouverture qui porte !


« La porte du changement ne peut s'ouvrir que de l'intérieur ». 
Jacques Salomé

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dimanche 23 avril 2017

Ouvrir son coeur...

OUVRIR SON CŒUR <3
Nous avons souvent le réflexe de fermer notre cœur pour nous protéger des agressions extérieures. Nous nous isolons, le cœur plein de tristesse et d’amertume. Nous souffrons en silence et perdons espoir dans la vie.
Souvent, nous côtoyons des personnes qui, à travers leurs agissements, nous font vivre des sentiments de rejet, d’injustice, de culpabilité ou de dévalorisation. Afin d’éviter de ressentir ces sentiments désagréables, nous créons un bouclier énergétique que l’on appelle la « fermeture du cœur ». Cette armure nous protège, nous enferme et nous coupe de notre Source.
S’il est triste de voir quelqu’un être dépossédé de son pouvoir, c’est encore plus triste de le voir être « absent de sa vie ». Trop d’êtres humains vivent comme des automates et sous-estiment la beauté de la Vie.
Si vous vous rendez compte que vous ne vivez pas pleinement votre vie, que votre vie ne reflète pas qui vous êtes. Si vous savez au fond de vous que vous n’êtes pas vraiment vous-même, continuez d’avoir foi en la Vie et demandez sincèrement d’être dirigé vers les personnes qui vous aideront à vous libérer de votre carcan. Croyez en une vie meilleure où le bonheur n’est pas une option, mais une réalité de chaque instant.
La joie est inhérente à qui vous êtes. La joie n’a pas besoin de cause extérieure. C’est un jaillissement naturel qui surgit de votre Être. Lorsque les croyances limitatives s’estompent, lorsque le mental fait place à Être, lorsque votre cœur est ouvert, la joie surgit naturellement.
Oser ouvrir son cœur, c’est accepter de ressentir la vie sous toutes ses formes, incluant toute la panoplie des émotions, sensations et impressions. C’est accepter de laisser partir les croyances obsolètes qui dirigent notre vie. Oser ouvrir son cœur, c’est vivre ce passage sur terre avec authenticité et courage.
En disant OUI aux expériences de la Vie, votre vie n’est plus un combat, c’est une danse. C’est un jeu passionnant et ludique, un jeu de la conscience avec elle-même. <3
Claudette Vidal



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samedi 22 avril 2017

Etre soi !


Une connexion à la Vie :





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vendredi 21 avril 2017

Accueil de la vie proche de la mort avec Marie-Félicie Rousseau




C'est une chance de pouvoir lire un livre de cette qualité. 
J'ai adoré suivre les différents exemples d'accompagnement qui nous sont exposés tendrement et chaleureusement par l'auteur. 

On suit avec cœur ces expériences d'une grande humanité, où chaque action est importante et la présence à soi primordiale.


Je ne peux que vous conseiller cette lecture et je vous mettrais des extraits prochainement.













Quatrième de couverture


Dans le contexte du débat sur la fin de vie, le Dr Marie-Felicie Rousseau décrit la complexité des situations vécues par les patients (et leur entourage) lorsqu'ils se savent porteurs d'une maladie grave. Avec un travail de décodage des véritables raisons qui poussent certains a réclamer le droit a une mort anticipée . Rares sont les textes qui abordent ces questions avec autant de simplicité, de modestie, d'intelligence et de profondeur. Et plus rares encore, ceux dont on sort le cœur léger et les yeux éblouis par le miracle de notre propre humanité. A travers ces témoignages d'un médecin de soins palliatifs, ces portraits émouvants de personnes que l’échéance ultime révélé a leur vérité intérieure et ou l'auteur s'implique et se dévoile personnellement, ce livre nous amène à regarder autrement, ce que nous éludons trop souvent. 

Il nous fait comprendre que c'est justement dans les jours, les semaines, ou les instants qui précédent notre fin, que nous pouvons accéder le plus surement a la force inexplicable et mystérieuse qui anime l’être humain, a cette forme de vérité qu'aucun mot ne saurait décrire, mais dont ces témoignages nous démontrent la puissance et la bouleversante beauté. 

Un livre intelligent, émouvant et magnifique."

jeudi 20 avril 2017

Au cœur de la pensée...

Une parole, un acte, une pensée, empreintes de compassion peuvent atténuer la souffrance de l`autre et lui apporter de la joie. Une seule parole peut apporter réconfort et confiance, supprimer le doute, aider quelqu'un a ne pas commettre une erreur, réconcilier des parties en conflit ou ouvrir la porte de la libération. Un seul geste peut suffire a sauver la vie d`une personne ou a l`aider a saisir une occasion rare. Une seule pensée peut avoir le même effet, car les pensées donnent toujours lieu a des paroles ou a des actes. Avec la compassion dans votre cœur, chaque pensée, chaque parole et chaque acte peuvent produire un miracle. " 

Thich Nhat Hanh



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mercredi 19 avril 2017

Une pensée de rappel ! avant que ne vienne l'émotion...



«Comparer de manière indue et ensuite en souffrir, juger et attendre, sont trois modes de fonctionnement de la pensée sur lesquels insistait Swâmiji : ils représentent en effet une grande part de nos vies, et pourtant il s'agit uniquement de non-vérités, « only thinking ». 

Mais la plupart du temps, ces élucubrations qui gouvernent vos vies passent inaperçues; vous n'êtes conscients que des émotions qu'elles ont engendrées parce que l'émotion, vous en souffrez : c'est douloureux d'être mal dans sa peau, d'avoir le cœur noué, d'être blessé, d'être humilié, d'être trahi par la vie. Etant avant tout conscients de vos émotions pénibles dont vous voudriez bien être débarrassés, vous ne comprenez pas que votre ennemi ce sont les pensées. « Si j'expire dans le hara je n'aurai plus d'émotions. » 

Non, vous aurez beau vous enraciner dans le hara, si vous continuez à « penser » vous aurez toujours des émotions. Que le mal vienne de l'émotion, vous le croyez plus facilement parce que l'émotion vous saute aux yeux, surtout si elle vous emporte. 

Mais les pensées vous les voyez moins, parce que vous en êtes dupes.» 

 Arnaud Desjardins, «La voie et ses pièges», chap. 8

mardi 18 avril 2017

Cinq conseils de Jean Vanier pour cheminer

Jean Vanier, philosophe et théologien, fondateur de l'Arche, qui accueille depuis 50 ans des personnes handicapées dans des communautés aimantes et fraternelles.


1. Libère-toi

Pâques est le moment de découvrir que l'Évangile est vrai. Que celui qui était mort est vivant. Prends conscience de tes vulnérabilités, de tes peurs, et des « lieux » en toi qui ne sont pas vivants – une addiction, des compulsions, des difficultés dans la vie relationnelle – et que tu as besoin d'être libéré. Espère, parles-en, et cherche de l'aide : cela peut être dans la prière, grâce à un psychologue, un prêtre, un ami.

2. Rencontre l'autre

Pâques est la fête de la libération, du passage d'un certain égocentrisme à une ouverture à l'autre. Les personnes handicapées ont, dans une certaine mesure, déjà fait ce passage. Rencontrer c'est vivre l'écoute et révéler à l'autre qu'il est important. Je ne suis pas là pour le changer mais pour l'aider à découvrir qu'il est plus beau qu'il n'ose le croire. Le véritable amour passe par la rencontre, le dialogue : « Qu'est-ce qui fait que tu as souffert... ? Raconte-moi ce que tu portes en toi... » La rencontre se vit dans ce partage réciproque. Une jeune fille bénévole à l'Arche courait partout pour faire la cuisine et ranger. Elle n'était en fait pas très à l'aise. Je lui ai suggéré de s'arrêter et de parler simplement avec ceux qui étaient là. Les assistants viennent, parfois animés d'une grande générosité et avec l'envie de « faire », or l'important ici est d'entrer en relation, d'entamer une amitié.

3. Deviens messie

Écoute le pape François, il a des choses à dire sur les « périphéries » et la rencontre avec ceux qui sont au plus bas, qui se sentent seuls. Puisque Dieu est amour, chaque geste d'amour nous unit à Lui. La première parole de Jésus ressuscité fut pour Marie de Magdala qui découvrait son tombeau vide : « Pourquoi pleures-tu ? » Il y a un cri en chacun de nous - cri de la solitude, de l'échec, de l'abandon... - mais nous le dissimulons par peur que l'autre ne l'accueille pas, ne nous aime pas véritablement dans notre fragilité. Trouve les gens qui pleurent, écoute-les pour trouver leur cri sans forcément donner de conseil, mais en disant simplement : « Je comprends. » Tu découvriras la puissance de la compassion, et, au cœur de cette rencontre, tu seras le messie pour l'autre.

4. Suis ta voix intérieure

Nous sommes appelés à entrer dans le Royaume non pas comme des robots mais comme des personnes de relation. Cette liberté se gagne par un long chemin d'écoute : il y a en nous, en toi, en moi, en chaque être humain, une conscience. Elle est le sanctuaire sacré où Dieu parle à chaque personne, qu'elle soit chrétienne ou non. C'est pour cela que tout homme porte le désir d'être juste, vrai, aimant. Même les plus grands gangsters peuvent faire un acte de bonté... Suis ce que tu es profondément en faisant confiance à cette petite voix intérieure.

5. Redécouvre la communauté

Nous avons à redécouvrir la beauté et la nécessité de la communauté dans notre société individualiste. Une maman qui met au monde un enfant handicapé ne peut le combler toute seule. Elle a besoin d'aide, de thérapeutes... L'être humain, si beau et si complexe a besoin d'une communauté, d'appartenir pour devenir. Pour accueillir l'autre différent et y découvrir un trésor, apprendre le pardon, pour devenir plus mature, plus à l'écoute, pour apprendre : « Mais toi qu'est-ce que tu penses ? Toi aussi tu as des idées.»

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lundi 17 avril 2017

Jean Vanier : “Tu es aimé de Dieu, tel que tu es“

Il y a plus de 50 ans, ce philosophe et théologien canadien fondait l'Arche, qui continue d'accueillir des personnes handicapées dans des communautés aimantes et fraternelles. Pour Pâques, il nous livre sa méditation.

Le petit gars faisait sa première communion. Dans l'église, son oncle et parrain se dirigea, à la fin, vers la maman pour lui dire combien la célébration avait été belle. « La chose triste, a t-il ajouté, c'est que lui n'a rien compris. » « Lui », c'était le petit gars porteur d'un handicap. À sa maman choquée, blessée, et dont les yeux étaient gorgés de larmes, le fils a déclaré : « Ne t'inquiète pas, Jésus m'aime comme je suis. » Tout est là et c'est très simple ! La mission de Jésus était d'annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Elle ne consistait pas à dire : « Je vais te donner de l'argent et du travail », mais : « Tu es aimé de Dieu, tel que tu es. »
Lors de ma première rencontre avec des personnes ayant un handicap, j'ai été assailli de questions : « Est-ce que tu reviendras me voir ? Est-ce que tu m'écriras ? Est-ce que tu veux devenir mon ami ? » Avec émerveillement, je découvris que leur premier souci était la relation. Une relation vraie, sans masque, sans intérêt. Une relation-révélation disant à l'autre : « Je suis content que tu existes » et non : « Je veux que tu m'aimes pour que je sois quelqu'un. » Pour beaucoup, le bonheur est un mélange de santé, de promotions, d'amitiés, avec des liens souvent motivés par l'intérêt, la réussite. Ces relations intéressées commencent parfois très tôt, dès les études. Or un enfant qui sort du sein de sa maman, qui a eu logement et nourriture gratuits, de quoi a-t-il besoin ? De sécurité et d'entendre quelqu'un lui dire : « Je t'aime tel que tu es, dans ta faiblesse. Tu es plus beau que tu n'oses le croire. » 
Le nourrisson brûle de joie d'être aimé, n'a besoin de rien d'autre. La vie est en lui, et pour lui, cette vie c'est la relation. Ce besoin est présent dès l'origine et dans la part la plus intime de chaque être. Tout homme porte en lui une innocence primale, une pureté. Dans la vie, il y a des contradictions, des complexités, des événements qui nous font mal. C'est alors que notre agressivité et nos systèmes de défense se réveillent et que nous réagissons. Toute la question est : comment faire tomber les systèmes de protection, qui me font vouloir monter en grade ? À l'Arche, nous organisons des retraites pour des personnes qui ont été blessées, humiliées, pour des gens de la rue, des homosexuels, des personnes séparées... Toutes découvrent qu'elles sont aimées dans leur fragilité. Elles peuvent alors commencer à être.
Mon itinéraire a été jalonné par un certain nombre de passages. Le premier fut d'avoir confiance en moi-même, à ma petite voix intérieure qui m'indiquait ce qui était droit et juste pour moi. À l'âge de 13 ans, j'ai découvert qu'il existait une école pour les futurs officiers de la Marine anglaise. Nous habitions alors au Canada. Mon père, qui était militaire et diplomate, avait passé trois ans dans les tranchées de la Somme, j'étais donc très sensibilisé à la question de la guerre. Je voulais absolument m'inscrire dans cette école. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mon père a tout fait pour m'en dissuader, puis il a obtempéré et m'a adressé cette parole déterminante : « J'ai confiance en toi. Si tu veux le faire, vas-y. » En 1942, il me conduisit lui-même au bateau, à Halifax. S'il avait refusé, j'aurais été atterré, car je savais que là était ma place.
Mes parents ont respecté ma petite voix intérieure et, de fait, j'ai pu commencer à m'ouvrir aux autres et à la vie. Après un temps, j'ai quitté la Marine. Là aussi, je savais que je devais le faire, mais, cette fois-ci, c'était pour le Christ : la seule chose qui donnait un peu de sens à ma vie était ce Jésus venant annoncer une bonne nouvelle. J'avais en effet la foi depuis toujours, laquelle était sans doute nourrie par celle, très profonde, de mes parents qui allaient à la messe quotidiennement.
J'avais la certitude que pour être chrétien, il fallait être auprès des pauvres. Non pas pour eux, mais avec eux. La spiritualité de Charles de Foucauld m'inspirait déjà beaucoup à l'époque. Lors de ma première visite dans une institution prenant en charge des personnes avec un handicap, l'évidence s'est imposée : je n'avais aucune connaissance sur le sujet, mais il fallait faire quelque chose face à une situation abominable : 80 hommes étaient enfermés dans deux dortoirs de 40, sans travail ni activités. Avec des amis, nous avons trouvé une maison délabrée et pas chère, et la fête a pu démarrer. Nous étions si heureux ! Et ils étaient si ravis de sortir de cet enfer, de vivre ensemble, de rire ! Tout s'est vite organisé, l'argent tombait du ciel, le bouche-à-oreille a opéré. On parlait de moi comme d'un type un peu étrange qui vivait avec des personnes handicapées. Les parents me donnaient leur confiance, tout comme leurs enfants. Nous étions en plein dans les années 1960-1970, avec l'effervescence d'un esprit communautaire et d'une nouvelle façon d'exercer l'autorité. Le Concile qui prônait une plus grande ouverture aux pauvres, une plus grande place aux laïcs portait aussi ses fruits.
Après avoir vadrouillé, cherché ma voie pour être au plus près de Jésus, vécu dans un monastère pendant un an, m'être posé la question de la prêtrise, c'est comme si j'avais trouvé, à 36 ans, le lieu qui me correspondait. Au fond de moi, il y avait la certitude que tout ce qui arrivait était donné par Dieu, et que je pouvais rester là toute ma vie. 
Les personnes avec un handicap mental ont quelque part un cœur d'enfant dans des corps d'adultes. C'est leur souffrance. Comment vivre dans un monde où la normalité est la norme ? Où la normalité rime avec travail et réussite ? Ces personnes ont souffert dès le début de leur vie : d'abord, les parents voulaient un bel enfant, destiné à un avenir prometteur. Même s'ils acceptent, il y a chez tout parent un phénomène de déception. Cette déception se transforme en angoisse, laquelle est nourrie par un climat de souffrance et d'humiliation face au regard des autres. Et à l'humiliation s'ajoute un certain dédain réduisant les personnes au fait qu'elles sont « gentilles ». 
Jésus, lui aussi, a été humilié. Il est allé jusqu'au bout même si on ne voulait pas de lui, même si ses amis lui ont dit : « Tu nous as déçus, on croyait que le Messie allait gagner. » Nous avons besoin d'être sauvés car Dieu, qui n'existe qu'en aimant, veut que nous soyons libres. Où se situe la liberté ? Les personnes avec un handicap sont-elles plus libres que les autres ? Je ne sais pas. Mais il y a une simplicité et une ouverture à la relation chez elles qui est unique. Elles nous montrent un chemin de salut sur terre par leur besoin abyssal d'être aimées et ont à nous apprendre à goûter au Royaume, ici et maintenant. Ce Royaume est le cri du pauvre : « Est-ce que tu m'aimes ? », qui entend le cri de Dieu : « J'ai soif de toi. »
La vie est un processus de pertes et de gains. Cela commence dès notre naissance, nous perdons le sein de maman, puis le cocon familial, plus tard des amis, notre travail... Souvent, nous sommes tellement attachés à ces pertes ou petites morts, que nous ne voyons pas le gain derrière. Or, derrière chaque étape, nous avons à découvrir la nouveauté, et c'est ce qui rend la vie si intéressante. La mort, dernière perte avant le grand gain, ne me fait pas peur. Mais si l'on m'annonçait que je mourrais dans 10 jours, je ne sais pas ce que je ressentirais... Aujourd'hui, je suis bien, là, dans mon foyer, avec mes amis et Dieu. J'espère qu'Il est bien avec moi. Je suis heureux avec Patrick, très malade psychiquement, et présent depuis le début à mes côtés. Nous chantons, dansons faisons la fête ensemble. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de conflit ni de complexités, mais fondamentalement, notre bonheur partagé est de vivre en communauté, dans un climat aimant et sécurisant.
Je ne sais pas si je me suis rapproché de Dieu durant toutes ces années. C'est peut-être Lui qui s'est rapproché de moi... J'ai 88 ans et, comme perspective d'avenir, de devenir de plus en plus fragile et affaibli. Pour le moment, je peux encore donner des conférences, des retraites, et je prends tous mes repas avec mon foyer à l'Arche. Mon espérance, ma foi, est de croire que, plus on s'appauvrit, plus Dieu est présent. Tel est le mystère de l'homme qui, lorsqu'il est faible, peut dire : « J'ai besoin de toi. » Moi, j'ai besoin de Jésus, de l'eucharistie, de ma communauté, de mes amis... Quand j'avais des responsabilités, j'avais besoin de beaucoup de choses, et notamment de réussir face à certains problèmes. Aujourd'hui, c'est plus limité, et, plus j'avance en âge, plus j'ai besoin de sentir que je suis aimé, non pas dans ce que je fais, mais dans ce je suis. C'est ça : plus on devient faible, plus on a besoin de l'autre, plus on découvre que l'on a besoin d'être sauvé. Au plus bas, il n'y a que de l'amour.
Les personnes avec un handicap sont des messagers de Dieu. Qui ose le croire ? Elles m'ont appris à être moi-même, avec mes forces et mes faiblesses, sans chercher à vouloir être autre. « Ne t'inquiète pas maman, Jésus m'aime comme je suis. Je n'ai pas besoin d'être ce que mon oncle voudrait que je sois. » Toute la question est de les aider à être ce qu'elles sont, grâce à la communauté. Être soi revient à dire : je n'ai pas choisi de vivre, je ne vais pas choisir l'heure de la fin, tout est donné par Dieu, je ne suis fondamentalement rien. On n'expérimente sans doute cela totalement qu'à sa mort.

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dimanche 16 avril 2017

Dimanche de Pâques : Se laisser sauver

À méditer

« Je ne peux pas, quoi que je fasse, ne pas croire au Christ ressuscité. Tout me l'indique, me le fait toucher du doigt. (…) Dieu a besoin de notre amour, et c'est ce qui est extraordinaire. Quand on le croit, alors on a le besoin insatiable de le lui rendre. (…) Seule la Résurrection te permet de t'accrocher à l'invincibilité de l'amour. (…) C'es le Christ ressuscité qui est la seule réponse. Il a tout vaincu par la Croix : nos faiblesses, nos peurs, nos angoisses, nos souffrances, nos infidélités. Il ne pouvait pas être autre que fils de Dieu, pour donner un sens à notre existence. En ressuscitant. (…) Tout est perdu, fini, suicidaire, si je pense que la vie s'arrête à la seconde où je meurs. Tout prend un sens, a une saveur prodigieuse, seconde par seconde, si je sais que le Christ m'appelle. Non pas pour un super fauteuil là-haut ! Mais pour vivre et faire vivre, sur terre d'abord, l'avant-goût de l'Amour sans fin, absolu, éternel. »
Extrait de Jésus, un regard d'amour, de Guy Gilbert (Philippe Rey)

À écouter : Le Messie, de Georg Friedrich Haendel

L’habitude a peu à peu été prise de le donner pendant l’Avent mais, célébrant la résurrection du Christ, Le Messie a bien été composé pour être joué à Pâques ! Créé en 1742 à Dublin, il emporte par la joie exubérante de son célèbre « Hallelujah ». Écrit en seulement vingt-quatre jours, l’oratorio déroute quelque peu le public anglais et contrarie quelques âmes chagrines que l’opulence de l’œuvre, avec ses nombreux chœurs, choque – tant d’éclat ne siérait pas au recueillement de la prière. Le succès est néanmoins au rendez-vous, on se presse pour acheter des billets, au point que l’on demande aux hommes de « renoncer à porter leur épée ». Haendel triomphe lorsque le roi Georges II se lève au son de l’« Hallelujah »… et lance une tradition encore en vigueur auprès du public britannique !
Le Messie, par William Christie et les Arts florissants, avec Barbara Schlick, Sandrine Piau, Andreas Scholl, Mark Padmore, Harmonia Mundi, 1994

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samedi 15 avril 2017

Samedi saint : Attendre

À méditer

« L’histoire du meurtre de la parole s’achève sur la croix par le meurtre du Verbe. Silence. Grand silence. L’Église confesse que, pendant ce grand silence, son Seigneur est descendu dans la mort et dans les enfers de la mort, pour tirer un à un ceux qui en étaient prisonniers. Le Christ, Parole de Dieu, parce qu’il se tait dans le silence du tombeau, rejoint tous les silences des hommes, meurtris dans leur parole et jusque dans leur chair. C’est alors qu’il sauve la parole de l’homme en la redressant jusque dans son silence. ll sauve aussi le silence de l’homme, l’incapacité de l’homme à parler, puisque le grand silence du samedi saint est l’espace accueillant pour le silence de l’homme qui peut venir se lover dans le silence de Dieu. Si la violence, c’est le meurtre de la parole, de ce qui fait de nous des humains et non des animaux, le Verbe de Dieu lui‐même a accepté de la subir. Mais l’amour du Père, non entamé par la violence, a fait resurgir le Verbe du tombeau ; l’horizon de notre foi est une parole possible, même après le meurtre de la parole, même dans le silence.
En visitant par sa mort le domaine de la mort, il tue la mort. (...) Mais si Dieu lui‐même, l’amour vivant, rejoint ceux qui sont morts, il ne peut que les emmener hors des tombeaux. Et voici tout un peuple vêtu de robes blanches qui se promène devant le visionnaire de l’Apocalypse. Ce peuple, c’est nous. C’est toi, c’est moi, lavé par le sang de tes larmes, de tes fatigues, de ta rage, moulu, épuisé. (…) Et tous ces gens, chacun de nous pendant qu’il peine, sont contenus dans ce grand silence du samedi saint, ce grand silence d’une demi‐heure qui enveloppe d’un manteau de nuit l’énigme du mal et du malheur sans y répondre. Voilà ceux que vient visiter le Verbe réduit au silence. Voilà ceux dont il vient essuyer chaque larme, une à une. Voilà ceux qu’il associe à sa victoire : Jamais plus ils ne seront accablés. Jamais plus. La porte du silence n’est plus fermée. le Verbe y est descendu. »
Extrait de Marcher vers l'innocence, d'Anne Lécu (Cerf) 

À écouter : Pergolèse, Stabat mater

Au pied de son fils crucifié se tient la mère de douleur : c’est cette image de souffrance qu’illustrent les douze mouvements du Stabat mater de Pergolèse, dernière œuvre d’un compositeur qui meurt en 1736 quelques mois après sa création, à 26 ans. Sur un poème attribué à Jacopone da Todi (1236-1306), Pergolèse tisse un dialogue entre voix de soprano et voix d’alto. Le célèbre duo d’ouverture les entremêle en une plainte sobre et déchirante sans craindre frôlements et dissonances, rappelant les audaces de Couperin dans ses Leçons de ténèbres. Jean-Jacques Rousseau célèbre d’ailleurs « le plus parfait et le plus touchant des duos qui soient jamais sortis de la plume d’aucun musicien ». La popularité toujours actuelle du Stabat mater semble d’ailleurs ne pas démentir le jugement du philosophe.
Jean-Baptiste Pergolèse, Stabat mater, Andreas Scholl, Barbara Bonney, Les Talens lyriques, Christophe Rousset, Deutsche Grammophon, 1999

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vendredi 14 avril 2017

Vendredi saint : Souffrir avec

À méditer

« Ce qui éclate, précisément, dans l'Agonie et dans la Croix du Seigneur, c'est cela : c'est que le mal est une blessure faite à son amour, comme, au contraire, le bien constitue ce mariage d'amour avec lui. Quand Camus, dans la Peste, oppose le supplice des enfants torturés par la peste et la révolte du docteur Rieux qui essaye de les sauver et qui, s'exprimant pour son compte, dit : "Mais le plus grand honneur qu'on puisse faire à Dieu devant un tel spectacle, c'est d’admettre qu'il n'existe pas."
Ce qu'on peut opposer à Camus, c'est justement que, si dans cet enfant il n'y avait pas un caractère sacré, s'il n'était pas protégé et magnifié par cette Présence divine, il n'y aurait pas de mal, il n'y aurait même pas un insuccès puisque, si l'univers était purement hasard et purement contingent, rien n'aurait de sens, il n'y aurait pas de direction privilégiée, il serait impossible de parler du mal.
Le mal ne prendra donc toute sa signification qu'au regard du mystique qui perçoit dans le mal une blessure faite à Dieu. Tous les maux finalement résultent d'une certaine absence de l'homme à Dieu.
C'est à partir de cette absence que le monde se désagrège, se défait, se décrée et n'arrive plus à trouver sa profonde signification. Si donc on veut remonter le courant du mal, il faut retrouver le sens du mariage ; le sens de l'union nuptiale avec Dieu ; le sens d'une vocation, issue de l'Esprit, de s'évacuer, d'atteindre à sa libération en devenant Dieu à la manière de Dieu : par un suprême dépouillement. »
Extrait d'une conférence de Maurice Zundel donnée au Cénacle de Paris en février 1974

À écouter : Haydn, Sept dernières paroles du Christ en croix

Le succès de ses Sept dernières paroles du Christ en croix est tel pour Haydn qu’il en écrit plusieurs versions : pour orchestre, pour quatuor à cordes, pour piano seul, et enfin, la plus ambitieuse, sous la forme d’un oratorio pour chœur, orchestre et voix solistes. Signe de la renommée européenne de Haydn, la commande vient de Cadix en 1786, pour l’office du Vendredi saint de l’église Santa Cueva. À chaque parole du Christ citée par un prêtre correspond un accompagnement, une illustration musicale. « Ce ne fut pas tâche aisée que de composer sept adagios durant chacun près de dix minutes, l’un après l’autre, sans lasser les auditeurs », commente Haydn. L’ouverture de l’œuvre est certes dramatique, avec ses rythmes pointés et ses silences, mais la suite est empreinte de lumière et d’optimisme. L’œuvre s’achève sur un spectaculaire et triomphal « Tremblement de terre » : la passion trouve là une expression quasi romantique dans les tourments du Sturm und Drang… (ou « orage et passion », ce courant littéraire allemand du XVIIIe, dont le but était d'émouvoir profondément, de donner le frisson).
Joseph Haydn, Les sept dernières paroles du Christ en croix, Le Concert des Nations, Jordi Savall, Alia Vox, 2007

 Bonus musical : Bach, Passion selon Saint Matthieu

La Passion selon Saint Matthieu, chef d’œuvre du cantor de Leipzig crée en 1736, s’impose d’abord par son ampleur et son ambition. Ecrite pour double chœur, elle exige un double orchestre ainsi que deux orgues : un véritable défi logistique, au concert comme au disque – il n’est en effet pas évident de rendre les effets de reliefs et de spacialisation dont un auditeur assis dans une église pourrait profiter. Ce qui n’empêche pas les moments d’imploration plus intimes et introspectifs. L’écriture alterne en effet les aria concertants qui font dialoguer voix et instruments solistes en un échange parfois quasi amoureux, et les chorals d’une majestueuse verticalité. Le célèbre air d’alto « Erbarme dich, mein Gott » (« Aie pitié de moi mon Dieu ») en est l’un des exemples les plus saisissants. La ligne mélodique chantée s’entremêle à celle d’un violon soliste, toutes deux n’en finissant pas de s’épouser, se séparer, pour se retrouver enfin.
Jean-Sébastien Bach, Passion selon Saint Matthieu, Rias Kammerchor, Akademie für alte Musik Berlin, René Jacobs, Harmonia Mundi, 2013. En concert le 14 avril à la Philharmonie de Paris.

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jeudi 13 avril 2017

Jeudi saint : S'abandonner

À méditer

« Il ne faut pas avoir peur des difficultés de la vie, ni même de nos fautes : ce n'est pas cela qui nous empêchera de trouver Dieu. Ayons peur de ce qui ne nous fait pas peur et qui nous empêche vraiment de Le trouver : craignons de refuser la lumière, plus ou moins subtilement, discrètement, poliment… Dieu a un programme : Il a prévu un remède pour tout. L'obstacle apparent de nos misères et de nos chutes quotidiennes, Il peut le laisser peser longtemps sur nous : Il s'en sert – l'amour de dieu est plus fin que nous et sait utiliser nos défaillances. Ce qui nous empêche d'en profiter, ce n'est pas l'abondance de ces misères, mais de ne pas accepter de "nous laisser faire" à l'idée de Dieu. Il n'y a pas d'autre inquiétude à avoir : "Vais-je laisser faire Jésus-Christ ?" Laissons-nous retourner, laissons-nous convaincre que les choses ne sont pas comme nous les avons imaginées, qu'elles sont selon un secret. Laissons cette lumière pénétrer en nous. Elle chassera nos ténèbres. Cela nous fera forcément un peu mal : la Parole de Dieu est un glaive qui pénètre jusqu'à la division de l'âme. C'est le sel – le sel qui purge. Ce n'est pas toujours agréable, cela provoque une révulsion : il faut l'accepter, car cela ira tellement mieux après ! Ce sera une telle délivrance ! »
Le courage d'avoir peur, de Marie-Dominique Molinié (Points Vivre)

À écouter : Telemann, Brockes-Passion

À côté des passions selon saint Marc, saint Jean ou saint Matthieu, il existe une version aujourd’hui moins connue mais très prisée en son temps, celle du poète et sénateur Barthold Heinrich Brockes. Ce dernier ne reprend pas mot pour mot le texte des Évangiles, mais écrit un livret poétique librement versifié à partir du récit biblique. Au début du XVIIIe siècle, Haendel ou encore Telemann composent leur « Brockes-Passion », surnom donné à l’oratorio Der für die Sünde der Welt gemarterte und sterbende Jesus (Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde). C’est dire la popularité de cette passion signée Brockes ! La version de Telemann, extrêmement théâtrale, a des airs d’opéra. « Mon souhait le plus cher : que ma plume, trempée à l'eau de mes larmes, inonde à son tour les yeux de l’auditeur » : telle est l’ambition du compositeur.
Georg Friedrich Telemann, Brockes-Passion, Rias Kammerchor, Akademie für alte Musik Berlin, René Jacobs, Harmonia Mundi, 2009.
La Brockes-Passion sera donnée le 15 avril à la Philharmonie de Paris par l’Ensemble Pygmalion sous la direction de Raphaël Pichon.
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