lundi 23 janvier 2017

peur de la peur...


Une vidéo connue et humoristique mais très juste à propos de la peur...



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dimanche 22 janvier 2017

Pour un monde plein d'attention... avec Christian Bobin


La racine du mauvais monde dans lequel nous nous trouvons, c'est la négligence, c'est le défaut d'attention, un manque d'attention, c'est que ça.

C'est peut-être pour ça que la poésie est une chose vitale, parce que la poésie est une pierre à aiguiser l'attention, une sorte de pierre de sel, pour se frotter les yeux, pour se frotter les paupières, pour revoir le jour enfin, pour revoir ce qui se passe, pour revoir le jour et les nuits et la mort en face, cachée derrière le soleil, voir tout ça. Le voir s'en trop s'en inquiéter, s'en trop s'en alarmer.C'est ça je crois la racine du mal d'aujourd'hui qui est grande, c'est juste un défaut panique d'attention, qui suffit pour engendrer tous les pires désordres et les maux les plus terribles. Juste ça, l'attention.

Ça ne sert à rien de se plaindre, tout le monde va vous dire que c'est insupportable, tout le monde va vous dire ça, mais tout le monde y participe. Juste faire attention aux siens, faire attention à ce qui se trouve mêlé à nous dans la vie banale. Ceux qui sont là, pas ceux qui sont à dix milles kilomètres et avec lesquels on fait semblant de parler à travers un écran, ça n'a pas de poids ça.
Mais simplement faire en sorte que les gens qui nous entourent ne dépérissent pas, et peut-être même les aider, les conforter.
..Voilà...
Faire simplement attention au plus faible de la vie, parce que c'est le plus faible qui est le plus réel et parce que c'est ça qui est digne de vivre, et qui vivra toujours d'ailleurs.

Recueillir ces choses là, porter soin, prendre soin, faire attention, voilà. Ce sont des pauvres verbes mais ce sont des verbes comme des armées en route si vous voulez, ce sont des verbes de grande résistance, et ce qui pour moi est en oeuvre dans ce qu'on appelle la poésie.

La poésie pour moi, c'est pas une chose désuète, c'est pas un napperon de dentelle sur la table, c'est pas un vieux genre littéraire....C'est la saisie la plus fine possible de cette vie qui nous est accordée, et un soin de regard porté à cette vie.
Voilà, c'est ça la poésie. C'est pas une chose qui même est tout de suite dans les livres, c'est pas une chose de littérature en tout cas, c'est simplement chercher à avoir un cœur sur-éveillé. Sur-éveillé!"

Christian Bobin

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samedi 21 janvier 2017

Il est temps... avec Pierre Rabhi



A 78 ans, vous vous dites fatigué et confiez ne pas arriver à lever le pied. Comment vivez-vous ce temps que vous passez à écrire, parler, sensibiliser ?


Disons que je ne tiendrais pas le coup si je n’étais pas engagé dans des enjeux gravissimes (la faim dans le monde, la destruction de l’environnement, etc.). L’humanité est folle et la planète est entre des mains inconscientes… Comme l’a prouvé le scientifique Pierre Teilhard de Chardin dans Le Phénomène humain, notre présence sur terre est fort récente et seule l’humanité a su introduire de la dualité dans la réalité terrestre… Tout cela pour des raisons imbéciles, spécieuses, et de surcroît avec des déséquilibres profonds, notamment entre masculin et féminin !
Votre vision n’est pas très optimiste…

L’évolution générale n’est pas bonne, même s’il y a de petits progrès de-ci de-là… Nous sommes capables de toutes sortes de prodiges et de prouesses techniques et technologiques, mais à force de mobiliser notre génie sur la destruction et la mort, nous retournons cette prodigiosité contre nous. La question est de savoir pourquoi nous sommes dans cette contradiction et comment nous nous sommes installés dans cette ornière. Il s’agit aussi de savoir si nous avons le temps de changer la donne. Comment appréhendez-vous cette question du temps ?
Depuis l’origine de l’humanité, le temps est indexé sur le temps cosmique (les saisons, le rythme du vivant), raison pour laquelle je peux renoncer à beaucoup de choses, sauf à mon jardin, qui me reconnecte à cette temporalité. J’ai aussi appris à m’écouter : revenir à son corps et à sa respiration permet de garder la vraie cadence de la vie.
Le tout consiste à échapper à la frénésie dans laquelle notre société est entrée : quand la logique de profit accélère le temps pour des finalités stupides, la société ne crée plus de joie et l’on recourt aux anxiolytiques pour atténuer notre mal-être. Cette frénésie est presque une épidémie généralisée… On est tombé dans cette anomalie pour gagner du temps, mais cette normalité nous piège maintenant.


Le retour à la terre et la permaculture, dont on parle beaucoup aujourd’hui, nous permettraient donc d’apaiser notre rapport au temps ?


Oui ! Le jardin oblige à la patience, car on ne peut semer aujourd’hui et récolter demain. Certains moyens artificiels accélèrent le processus, mais le vrai temps, celui qui est ponctué par la respiration ou les battements du cœur, est le seul à procurer un sentiment d’éternité. De même, la civilisation agraire imposait un temps différent de celui de la société industrielle dans laquelle les gens acceptent d’être enfermés dans des villes, d’être enfermés toute leur vie dans des boîtes, dans un espace où le soleil se lève et se couche pour rien. C’est à se demander s’il existe une vie avant la mort.
« Je retiens que le temps qui passe est une durée qui m’est octroyée, une soustraction permanente sur ma durée. » C’est comme si on restait dans le coma pendant onze mois, avant de profiter, pendant le mois restant, de ce que le système nous confisque… Il faut donc s’interroger sur les raisons qui nous poussent à être dociles à la frénésie plutôt que d’essayer d’innover pour mieux la supporter ! Prenons donc le problème à sa racine : quel mode d’organisation l’humanité doit-elle adopter pour jouir de ce que la vie sur Terre lui offre ?


Vous affirmez dans votre livre être convaincu qu’il n’y a pas de changement de société sans profond changement humain, et qu’il nous faut ensemble prendre conscience de notre inconscience. Mais a-t-on le temps d’attendre cette prise de conscience ?

Il y a un moment où chacun de nous est ramené à l’espace de liberté où l’on peut exercer sa spontanéité, sa liberté… C’est pour cette raison que nous avons créé le mouvement Colibris (association fondée en 2007 qui mobilise « pour la construction d’une société écologique et humaine »). Et c’est pour cette raison que j’ai organisé ma vie avec une cohérence de pensée et de conviction, car c’est par l’exemple et la cohérence qu’on arrive à convaincre. Le problème est surtout de savoir si nous sommes capables de changer les choses, de créer un autre espace-temps et de sortir du système esclavagiste qui nous est imposé.
Qu’apprend-on le plus avec le temps ?

Je retiens que le temps qui passe est une durée qui m’est octroyée, une soustraction permanente sur ma durée. On déduit sans cesse sur un capital vie dont on ne sait l’importance… donc pour moi le temps s’imprime sur quelque chose qui a une saveur d’éternité… C’est ainsi que l’on perçoit notre contingence, que l’on passe dans la vie sans arrêter le temps.


Interview de Pierre Rabhi
Journal Le Monde

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vendredi 20 janvier 2017

Danseuse et toiles...





“Nous tissons notre destin, nous le tirons de nous 
comme l'araignée sa toile. ”
François Mauriac




“Quelques gouttes de rosée sur une toile d'araignée, 
et voilà une rivière de diamants.”
Jules Renard


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jeudi 19 janvier 2017

Projection et réflexion...





Le monde n'est qu'une projection du mental dans votre état de veille. Il n'est donc qu'une idée et rien d'autre. Quant à la paix, c'est l'absence d'agitation.....

Qu'est-ce qui est bien, qu'est-ce qui est mal ? Il n'y a pas de critère qui permette de juger si une chose est bonne et une autre mauvaise. 
Les opinions diffèrent selon la nature de l'individu et selon son environnement. Ce sont des idées et rien de plus....

Le mal que l'on voit chez l'autre, c'est son propre mal. La distinction du bien et du mal est à l'origine du péché. On projette hors de soi son propre péché et, par ignorance, on le surimpose sur l'autre."


L'enseignement de Sri Ramana Maharshi, 

éditions Albin Michel

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mardi 17 janvier 2017

Marc Vella au forum à Ciel ouvert




Si vous n'avez pas suffisamment de temps, prenez-le ou écoutez la deuxième partie ...

Marc Vella, interview de 2015

Première partie (5 min.)



Deuxième partie (10 min.)



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lundi 16 janvier 2017

Chat l'heure...




"Une parole venue du cœur tient chaud pendant trois hivers."

Proverbe chinois

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dimanche 15 janvier 2017

Derrière le voile avec Philippe Mac Leod


La parabole révèle la parole encore secrète au cœur de la graine. Et la parole se tient là, tout entière, roulée sous cette enveloppe, comme l'arbre à venir jusqu'en ses plus fines ramures. La parabole ne donne que ce que l'on peut entendre et recevoir aujourd'hui, seulement ce que l'on peut deviner de ce qui se prépare dans la semence, pas plus grosse qu'une étoile dans la démesure des ciels nocturnes. La parabole ne fait que s'ajuster à nous qui entendons, comme en miroir elle épouse le voile de nos oreilles, la poussière de nos yeux, nous qui regardons et ne savons pas voir celui qui parle, celui qui agit au cœur du grain esseulé, qu'un vent étranger dépose sur l'hiver de nos terres.
Que nous dormions ou que nous nous escrimions, celui que nous ne distinguons pas se tient là, dans le noir de nos aveuglements, infime, minuscule semence dans le fond de nos barques, guère plus distincte qu'un murmure au beau milieu de nos vacarmes. Qu'il dorme ou qu'il veille, c'est nous qui faisons la nuit, d'une épaisseur impénétrable, puisque nous nous tenons au-dehors, trop loin pour entendre, beaucoup trop loin pour le reconnaître, lui, l'insaisissable pêcheur des hautes terres, l'étrange semeur dans sa barque, d'un geste large vers la multitude sur les talus, les foules éparses, assises face à la mer immense et bleue comme une médiation suspendue entre le ciel et la terre.
Le temps sera long d'une rive à l'autre, interminable le chemin sans tracé d'un temps à un autre temps. Et cette barque, qu'on ne quitte pas, comme un fil rouge qui disparaît, puis qu'on retrouve plus loin sur une grève inconnue. Et ces soirs qui descendent, vastes comme le monde, la nuit qui tombe sur la mer et remonte de la terre comme des pensées qui parlent un peu plus bas et parviennent jusqu'à nous, chargées de tous les silences traversés, jusqu'à ces lueurs à ma fenêtre, où je puis le reconnaître, debout dans la lumière de la Résurrection, tenant le fil jamais lâché, pour me le remettre aujourd'hui et ajouter à la chaîne des âges la longueur de mon regard.
Tant bien que mal je le suis sur des chemins identiques, seulement un peu plus longs et plus sinueux, et traversant des villes où les murs ont changé de langage, où les visages des hommes toujours se ressemblent. Ce n'est plus un livre que je tiens entre mes mains ou appuyé sur mes genoux. Le voile de la page est si fin, je peux voir trembler la flamme à l'intérieur du sanctuaire, une présence affleurer à la surface de ma peau déroulant un vivant parchemin, et je pense à cette silhouette légère, jadis, comme un remous à la surface des eaux.
C'est sur les airs qu'il marche à présent, enveloppé du scintillement de nos espaces, dans un aujourd'hui qui retentit de sa voix, et j'aime en suivre la courbe, aux premières heures, lorsque la clarté monte du fond de la nuit, jusqu'aux horizons rougeoyants, comme une phrase bien pleine, bien ronde, qui se déroule, parvenue au bout de son souffle. Il nous a laissé ce livre pour que de chacun de nos jours nous ajoutions une page chargée de sens, et à l'autre bout je m'endors en sentant derrière moi le poids de sa présence, comme si le temps lui-même, qui passe, jour après jour, instant après instant, comme si le temps lui-même était habité, traversé du vent de son passage, son haleine, le frôlement de sa parole vivante, sensible, qui pour moi, ce soir, devient le monde entier.


source : La Vie

samedi 14 janvier 2017

Pierre Rabhi... vu de l'intérieur...


Les problèmes sont en moi déjà !
La nécessité du changement intérieur... 
et du travail sur soi (corps, émotions, pensées)



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vendredi 13 janvier 2017

Introspection...




"Une vie sans introspection ne vaut pas la peine d'être vécue." 

 Socrate




"L’homme moderne, noyé dans de fausses idéologies collectives, désorienté par un manque de valeurs auxquelles se raccrocher, a oublié qu’il avait une âme. 

Il recherche désespérément en dehors de lui quelque chose qui puisse l’animer, le rendre vivant. 


C’est pourtant en lui qu’il pourrait retrouver le contact avec les forces inconscientes qui l’animent, en se confrontant avec elles." 


Carl Gustav Jung

Artiste : Vladimir Kush

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jeudi 12 janvier 2017

Pourquoi méditer ? Dominique Durand


Lorsqu'on se pose la question « Pourquoi méditer ? » il est nécessaire de revenir aux fondamentaux de la technique, la simple assise de Bouddha, parce que celle-ci est sans ego et qu'elle inspire une réponse qui ne concerne en rien tous les justificatifs proposés qui ne sont que des points de vue au service du moi.

Avant même que l'ego ait eu le temps de s'approprier la situation, lorsque l'on vient à peine de s'asseoir, la vertu de l'immobilité et de la tenue nous révèle une vérité qui nous pénètre en force : nous ne nous appartenons pas, rien ne nous appartient dans ce qui se passe en ce moment, ni nous-mêmes, ni ce qui se fait.

Alors, nous ne pouvons qu'être invités à contempler « ce qui se réalise et s'organise selon ses propres lois » (Jacques Castermane).
Un ensemble s'élabore de lui-même qui ne concerne pas seulement « celui de nos dix mille milliards de mitochondries jouant à la perfection leur rôle de nano-centrales énergétiques », ou encore « celui de notre foie régulant nos taux de sucre et d'insuline au millième de gramme près », organisations pour lesquelles nous ne sommes pour rien.

Quoique tout à fait respectable, cette prise de conscience ne serait encore qu'une objectivation de l'inexplicable. Il faut sauter le pas en nous aidant d'une indication de K.G. Dürckheim qui nous invite à « étendre notre intérêt à des régions et des aspects de notre existence que le moi ne peut pas soumettre : l'expérience des sens et l'expérience intérieure du corps », parce que, ajoute-t-il, « ces deux domaines ne sont jamais complètement corrompus ».

Qu'entend-il par là ? Qu'est-ce que le moi ne peut pas soumettre ? Dürckheim nous propose de simplement sentir sans nous approprier ce que nous savons ou ce que nous pensons de ce qui est senti. Henry Maldiney, phénoménologue reconnu, disait que, sentir, ça n'est pas avoir une sensation. L'acte pur de voir, d'entendre, de respirer et non pas de voir, entendre ou respirer quelque chose, ces fonctions, si tant est que l'on puisse les nommer ainsi, ne sont pas de notre fait, elles sont, elles se font et peu à peu et, libérées de nos pensées, nous imprègnent d'une autre façon. Et nous voilà, bouleversés, bousculés par le changement opéré dans notre manière d'explorer cela. Conduits malgré nous à contempler simplement ce qui se réalise, l'expérience nous pousse à devenir plus larges, plus vastes, pour laisser résonner ce vécu particulier : laisser se déployer sans heurts le « vivre », se laisser pousser soi-même par ce « vivre » au-delà des frontières établies et connues.


Cela ne nous appartient pas, nous ne le possédons pas, cela est tel que c'est et nous devons simplement permettre que cela soit. Le corps devient la connaissance immédiate de ce « vivre » qui ne passe plus par la conscience d'un moi contraint et limité. Le « vivre » s'accomplit de lui-même et nous en devenons simple témoin.

L'assise en silence révèle cette présence à la vie et nous saisissons alors combien il est dérisoire de répondre à la question « pourquoi méditer ? ». Parce que la réponse est bien trop vaste pour être contenue dans une logique explicative limitée à une cause et un effet. Même si nous sommes poussés un jour ou l'autre vers cette pratique avec le souhait d'améliorer quelque chose dans notre existence, nous sommes un jour ou l'autre, à force de pratique, confrontés à cette réalité, qu'il y a dans cette activité quelque chose de l'ordre de l'anonymat et de l'impersonnel, que nous serions bien en peine de définir.

La réalité connue à travers la pratique méditative ne pourra jamais être saisie par une pensée, une phrase, une explication, elle ne pourra jamais être au service du moi. Quant à cette question : pourquoi méditer ? Gardons-la sur le mode interrogatif et contentons-nous de nous ouvrir au mystère révélé par chaque assise.


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